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Préface de Jean-Marie Schléret

 

 

Ayant le privilège d'habiter le Clos de Médreville depuis mars 1989, un certain nombre de souvenirs marquants n'ont pas manqué de me remonter en mémoire à l'occasion de la parution de l'ouvrage de Bernard Legras. Ayant résidé avenue Anatole France, le grand ensemble immobilier faisait déjà partie du paysage familier. Je m'étais pourtant promis de ne pas habiter ce « mastodonte » appelé parfois aussi « le paquebot ». Sauf qu'un jour de février 1989, j'eus l'information de l'opportunité d'un bel appartement terrasse. Ce fut une révélation sur la qualité de construction du Clos, et la découverte d'une habitation idéale, éclairée d'Est en Ouest, en passant par le plein Sud.

L'architecte en avait été Henri Prouvé, frère de Claude et de l'illustre Jean Prouvé. Se trouvaient assemblés en bâtiments autonomes et en construction marquée par un beau dégradé, quelques 380 logements dans un parc magnifiquement arboré, ancienne ferme des sœurs de Saint Charles. Le génie du constructeur avait consisté à réaliser devant toutes les fenêtres, des grands balcons communicants et aux derniers étages, de spacieuses terrasses. La vue depuis notre appartement de l'entrée 16 prenait du relief à mesure de la descente du soleil et de la montée de la nuit. Jusqu'à remplir l'horizon de nombreux points lumineux vers la Sapinière et la colline de Buthégnemont. Du côté Est, on aperçoit le dôme monumental de la basilique surmonté de la statue du Sacré-Cœur, bel édifice religieux achevé en 1905, au caractère byzantin et roman à la fois.

En 36 ans de vie au Clos de Médreville, au cours de mes quatre mandats d'adjoint au Maire de Nancy, de vice-président de la communauté urbaine, député, et conseiller départemental, j'ai pu me ressourcer face au panorama grandiose que m'offrait la perspective alentour. Du Parc Sainte Marie, le quartier Sainte Thérèse, Villers, Laxou et les hauts de Boufflers, le regard ne se lasse jamais en toute saison. Les églises Saint Fiacre et Saint Genès structurent le panorama dans lequel apparaissent aussi le Domaine de l'Asnée et la chapelle du CPN. Une fois la nuit tombée, les lumières de la ville, qu'elles soient fixes dans les habitations avec au loin la Grande Croix de la Vierge des Pauvres à Vandoeuvre ou et le CHU, ou qu'elles soient mobiles sur les axes de circulation jusqu'à la Sapinière, sont un enchantement. Quand le ciel, une fois apparue l'étoile du berger, veut bien donner accès ciel étoilé, l'enchantement se fait méditation sur l'infiniment grand.

La belle ambiance de convivialité doit beaucoup à la disposition et à la qualité du parc. Il donne l'occasion de bonnes rencontres où les différences d'âges des promeneurs sont autant d'atouts pour les échanges. Dans une résidence, le voisinage s'avère déterminant pour la qualité de vie. La nôtre voit ses seize entrées tout autour du parc, traduire une occupation diversifiée de par les âges, les compositions familiales et les professions.

Parmi les événements marquants de la résidence, il convient de rappeler son premier ravalement en 1992, donnant à nos façades leur coloris vert tilleul. Un tel immeuble n'échappe cependant pas aux aléas météorologiques. Le 26 décembre 2000, la violence du vent causa d'importants dégâts alentours notamment dans le parc du CROUS dont les peupliers s'affaissèrent sous nos yeux. En mai 2012, les violents orages nocturnes qui s'abattirent sur l'agglomération firent déborder plusieurs cours d'eau. Celui qui nous arrive depuis le domaine de l'Asnée, capté dans un conduit à grand diamètre, se déversant dans le réservoir des ducs de Bar, nous a valu des semaines de chaos. L'éclatement de la conduite sous la rue Winston Churchill provoqua une inondation sans précédent, rendant inutilisables caves et parking du deuxième sous-sol sous l'eau. Les pompiers durent capter l'eau durant des jours avant le ballet des dépanneuses remorquant les nombreux véhicules endommagés. A cela s'ajoutaient les ascenseurs en panne durant des semaines, imposant aux résidents d'épuisantes montées par escalier avec le chargement des courses. Les témoignages de solidarités individuelles et collectives ne manquèrent pas. Situation difficile au point que le premier ministre Jean-Marc Ayrault vint en personne à la rencontre des habitants.

Cette inondation affecta aussi notre 28ème crèche de Noël en raison du matériel stocké en sous-sol devenu inutilisable. Mais pas au point de renoncer à sa poursuite, ce dont l'Est Républicain se fit l'écho le 9 décembre 2012 sous le titre « La crèche sauvée des eaux ». Avec ses 111 pays représentés et ses 1500 pièces, elle continue d'enchanter de nombreux visiteurs.

De 2009 à juin 2024, rentrant de la ville par l'entrée du parc côté tour, mon regard se portait invariablement vers le cèdre du Liban qui avait trouvé son point d'ancrage sur notre terrasse de l'entrée 16. Nous l'avons vu grandir et porter du haut de ses 4 mètres 50 le message d'entente universelle du pays de mon épouse, en dépit de toutes les vicissitudes de sa longue histoire. Ayant résisté aux quelques tempêtes et nombreux coups de vent, solidement arrimé au « bastingage », il a dû nous tirer sa révérence le 30 juin 2024, alors que nous parvenait les instructions du syndic de copropriété de le retirer. Les repreneurs ne manquèrent pourtant pas, à commencer par le conseil départemental. Mais les délais trop courts et les complications du transport eurent raison de l'attachement que nous lui portions.

Au moment où la restauration architecturale vient de prendre sa vitesse de croisière pour s'achever en 2026, notre ensemble immobilier est encore devant lui un bel avenir, au sein d'un quartier dynamisé par sa jeunesse étudiante. Mais davantage encore que ses atouts architecturaux, c'est la qualité de vie qui doit en demeurer la dominante. Et en premier, les relations quotidiennes entre résidents pour maintenir et si possible amplifier une cohabitation harmonieuse.

Hommage soit rendu au Professeur Bernard Legras pour avoir réalisé un ouvrage retraçant magnifiquement la belle aventure du Clos de Médreville. Chaque habitant du Clos, passé, présent ou avenir, pourra ainsi mieux se l'approprier pour contribuer, chacun à sa manière, à inscrire durablement son existence dans le panorama nancéien et lorrain.